12 mai 2010

Abandon ? (texte)

Abandon ?
- Ah, dit-elle, je n'y arriverai pas, je crois que je n'y arriverai pas…
Elle se sentait lasse, comme anéantie par les années d'efforts. Le poids de l'épreuve lui semblait insurmontable.
- Mais tu n'as pas envisagé toutes les possibilités, lui dit-il. Tu peux encore trouver une solution.
- Je ne crois pas, j'ai tout essayé, dit-elle avec un petit rire nerveux qui secoua légèrement ses épaules sur lesquelles de longs cheveux fins s'étalaient.
Ses yeux se posèrent sur le paysage qui se dessinait au-delà de la fenêtre. Elle avait envie de courir, de courir longtemps dans l'herbe haute d'un champ mais seules les couleurs teintées de la fin de l'automne se miroitaient dans la vitre.
- Que veux-tu que je fasse ? que je les inscrive dans un pensionnat jusqu'à leur majorité en leur ouvrant un compte bancaire en cas de nécessité ? Ils ne peuvent pas rester ici, tu le sais ! Je ne veux pas qu'ils voient !
- Mais pourquoi ne veux-tu pas que je les prenne ?
- Non. Tu as déjà ta famille, c’est assez dur comme ça entre ton ex-femme, tes enfants et tes voyages, et puis tes aventures… Non, tu ne pourrais pas, au bout d’un mois tu regretterais cette décision.
- Mais pourquoi envisager le pire maintenant ? Tu n’as pas le SIDA, tu es séropositive, tu as encore des années devant toi !
- Qu’en sais-tu ?
Elle se tut. La nouvelle l’avait transpercée telle une flèche de part et d’autre de son corps. Elle était, depuis, plongée dans cette lassitude. Depuis déjà deux jours, des visages se chevauchaient dans son esprit. C’était comme la fin du monde qui soudain l’avait écrasée. Elle se voyait déjà maigre, fatiguée, incapable de se mouvoir ou même de se concentrer sur quelque action que ce soit. Elle sentait la mort autour d’elle, celle de la nature avec la sienne. Cette souffrance l’emportait déjà vers des sphères sombres.
L’hiver serait long, il ne faisait que commencer.

1994

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