12 oct. 2010

LA RONDE (texte)

"""""""""""""""""""""""""""""""
"" LA RONDE ""
"""""""""""""""""""""""""""""""
L'enfant marchait au fil des rues, il regardait toutes ces lumières qui s'allumaient. Les unes étaient jaunes, d'autres blanches, des néons ça et là rougissaient ou bleuissaient un coin de nuit, une porte. Et les numéros des maisons, au-dessus des portes défilaient inlassablement. La nuit, de plus en plus noire, enveloppait ces lumières, rendait sa promenade plus monotone.
Soudain, à la lumière, comme un peu plus éblouissante, d'un réverbère, Antoine aperçut une grande porte en bois, à deux battants et finement sculptée. Une force irrésistible le poussait à la regarder, à aller vers elle, à la toucher. Doucement sa main se posa sur la poignée. Une sensation étrange le fit tressaillir. La poignée est chaude, se dit-il étonné. Son désir de curiosité toujours grandissant, n'ayant étrangement pas peur, sentant même une douce chaleur l'envahir, Antoine ouvrit la porte et entra.
Il se retrouva dans un couloir, au fond duquel s'échappait un léger rayonnement de lumière. Plus il approchait, plus la lumière éclatait de vigueur, de force, plus la chaleur l'enveloppait. Il n'éprouvait plus ici cette sensation de solitude, de froid qu'il ressentait tout à l'heure dans les rues.
Il arriva dans une petite cour, où toute la gaieté de la vie semblait s'échapper. Il y avait des tables, de la nourriture y était déposée, en quantité inimaginable. Il y avait des gens, des hommes, des femmes, des enfants, dansants joyeusement en ronde, habillés de vêtements simples mais si beaux, si colorés pour les yeux tristes d'Antoine. Il semblait que la folie régnait en ce lieu. Antoine, son silence, ses vêtements gris, son immobilité contrastaient nettement dans ces décors.
C'est alors qu'il sentit cette violente brûlure à la main. En effet, une jeune fille la lui avait prise. Antoine se sentit transformé, transporté dans un autre monde. Comme par magie, ses vêtements changeaient de couleurs : du jaune, du rouge, du vert, ... repeignaient ses habits. Il n'avait plus froid. Mais le plus étonnant, ce qui l'effraya d'abord un peu, c'est qu'en rentrant dans la ronde, petit à petit, il entendit, enfin, des bruits, puis des sons, des voix. Il semblait se réveiller, sortir du silence pesant dans lequel il se noyait depuis des années. Et il se mit à chanter avec ces gens, son plaisir, sa joie augmentant de plus en plus en entendant sa voix, sa propre voix, chaude et douce qu'il ne connaissait plus. Enfin, il était heureux.
Quand Antoine se réveilla, son visage était mouillé par des larmes, mais ces larmes, ce matin, n'étaient plus de tristesse, elles étaient de joie : il entendait le chant d'un oiseau par la fenêtre ouverte. Il aima ce chant, il l'aimera toujours ; il était heureux d'entendre palpiter son cœur en regardant le soleil ; Il était heureux que sa mère l'ait emmené dans cette clinique pour qu'un grand docteur l'opère et essaye de lui rendre son ouïe. Enfin, il aimait la vie.
""""""""""""""""""""""""""""
1991 Claudine Mistral.
""""""""""""""""""""""

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

...