12 oct. 2010

« La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute » Pierre Desproges. (texte)

« La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute » Pierre Desproges.

Sur un petit rectangle de papier blanc, elle recopie une recette de cake salé lue dans l'un de ces magazines qui sont mis à disposition dans les salles d’attente médicales. C’est certain, elle va régaler ses amis. Après son rendez-vous, elle s’arrête à la superette du quartier, sort sa liste de course et rayonne à travers les allées perpendiculaires du magasin, tel un mini New-York, à la recherche des différents ingrédients ; Elle ne trouve pas d’olives noires ! Que cela ne tienne, elle attrape un sachet d’olives vertes. Ensuite, elle ne trouve pas de petit salé ; Ce magasin est vraiment vide ! alors elle le remplace par du jambon. Elle termine ses achats et se retrouve dans la rue avec ses deux sacs bien remplis, car bien sûr, elle ne s’en est pas tenu à sa liste ! sait-on jamais…
Elle arrive devant sa porte, dépose un instant ses sacs pour faire le code d’entrée et s’arrête devant l’ascenseur du hall. « EN PANNE » Oh, là, là, quatre étages à pied avec toutes ces courses ! Un, deux, trois étages. Elle croise la voisine du cinquième qui descend promener son petit chien, enfin son « microbe », ces petits chiens, hargneux et ridicules ne l’attirent vraiment pas. Elle, si elle n’habitait pas ce petit appartement, elle aurait un gros chien, un de ceux qui ont besoin de courir, qui ne peut pas se cacher sous le canapé et qui vous écrase les jambes de chaleur lorsqu’il partage le canapé avec vous. Quatrième étage, enfin. Sortir les clefs, au fond du sac bien sûr, perdues au milieu de son indispensable fouillis. Les deux serrures sont vite ouvertes : elle entre, quelle chaleur ! Vite, ouvrir les deux fenêtres du salon, se servir un grand verre d’eau fraîche avec un peu de jus de pamplemousse. Hum…Quel délice. Encore un… Mais le temps ne peut se suspendre indéfiniment, la voilà en cuisine se lavant les mains, passant prestement un tablier rouge, sortant ustensiles et ingrédients. La cuisine est vite envahie de plats La recette est modifiée sans scrupule, agrémentée d’un peu de piment d’Espelette, et elle envoie le tout au four qui préchauffait.
Tel un coup de vent, elle transforme le salon. Le canapé et la table sont déplacés, la terrasse aménagée avec des bougies dans les pots de fleurs, une jolie nappe aux couleurs printanière, des verres colorés pour l’apéritif et quelques amuse-gueules. Elle attend six personnes. Elle pourra toutes les asseoir dehors puis les installer dedans pour le repas, même s’ils seront quelque peu à l’étroits. Elle n’est pas mécontente de cet appartement, même si ce n’est pas ce qu’elle envisageait lors de ses recherches. Petit certes, mais avec une terrasse spacieuse où elle peut, en plus de la table, mettre un transat pour profiter du soleil et quelques pots de fleurs. Un peu de nature en ville, avec même de temps à autre des visiteurs ailés.
La sonnerie retentit alors qu’elle pose ses couverts et assiettes sur sa table nappée de rouge basque. Déjà sa sœur et son ami rentrent avec les mains chargées de fleurs pour lui, de gâteaux pour elle. Une tarte qui fleure bon la poire et le chocolat et une charlotte aux framboises faites maison. Bises. Elle les installe sur le canapé, leur glisse un verre d’eau dans la main, pose la carafe sur la table, continue de s’affairer quelques minutes avant de sursauter à un nouveau coup de sonnerie énergique. Qui est-ce cette fois ? Son ami d’enfance Mathias ou sa collègue Pauline ? Emilie, sa sœur ouvre la porte et s’efface pour laisser entrer un grand homme brun suivi par un autre plus petit aux cheveux corbeau. Mathias présente Lucas à Emilie et Fred et chacun s’embrasse simplement mais chaleureusement. Bon, le copain n’était pas prévu, mais elle fera avec ! Lucas pose sur la table un énorme saladier recouvert d’un torchon et s’approche en douceur comme pour se faire pardonner cette intrusion imprévue, pour lui glisser à l’oreille « paëlla faite maison » Le temps semble se suspendre à nouveau quand ses mains soulèvent le tissu et que ses papilles s’ennivrent des odeurs de la mer, du riz safrané et de l’Espagne. Déjà Mathias lui vole le saladier pour le mener en cuisine la laissant un instant pensive, les yeux ailleurs, au fond de la mer bleue, suivant les couleurs chatoyantes de poissons et des rayons du soleil…
La main de Lucas sur son épaule la tire des eaux de ses souvenirs, tandis que la sonnerie s’égosille à nouveau. Est-ce Pauline cette fois ? Pourvu qu’elle n’ait pas oublié le vin ! Elle ouvre la porte pour voir apparaître cette fois trois sourires et paires d’yeux pétillants comme un petit feu d’artifice. Huit, les voilà huit ! sur quoi va-t-elle les asseoir ? Derrière les trois filles apparaît soudain le visage de son voisin de palier. Elle n’hésite pas. Vous avez quelque chose de prévu pour ce soir ? non. Vous n’auriez pas trois chaises ou tabourets ? oui. Et bien, on vous attend.
Les filles entrent, bientôt suivi par le voisin. L’appartement a soudain rétréci, mais s’est paré de rires et de voix, de bruits de verres, d’assiettes, de chaises. Chacun trouve sa place, celle qui n’était pas prévue mais qui se présente maintenant dans ce tourbillon de bonne humeur et de détente, éclaboussée par le flash d’une photo souvenir qui se retrouvera un jour prochain sur un petit rectangle de papier blanc.
30 août 2009

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