8 oct. 2010

Quelques nouvelles... (texte)

« D’accord. T’es dans le coup.»
Enfin, il avait réussi. Il s’était introduit dans leur groupe au prix d’énormes sacrifices, mais cela en valait la peine.
Il y avait Jo, grand, brun, économe dans ses paroles et très méticuleux.
Il y avait aussi Miranda, brune, avec une peau laiteuse et des yeux en forme d’amande, une voix chaude et envoutante.
Il y avait encore Emmett, chaleureux, le regard bienveillant mais parfois absent, avec de longs doigts bien manucurés.
Et lui, il y avait lui, aussi, maintenant. Petit, insignifiant mais présent, tenant fébrilement dans sa main son harmonica.
Il regarda Jo prendre doucement son violon, Emmett s’assoir en calant tranquillement sa guitare sur ses genoux, Miranda attraper le micro presque sensuellement.
Il passa une main dans ses cheveux pour se donner du courage et évacuer sa fébrilité, puis approcha l’instrument de sa bouche.
Et ce fut la magie des sons s’entremêlant, des vibrations des cordes, de la voix et de son souffle, chacun s’accordant à l’autre pour le transporter là où il rêvait d’aller depuis toujours, le monde de l’harmonie.


J’écoute le silence. Silence pesant.
J’écoute le silence. Silence, absence.
J’écoute le silence.
Toutefois, je perçois ma respiration. Je sens cet air qui gonfle mes poumons, cet air qui irrigue mes organes jusqu’à mes oreilles qui écoutent le silence.
Je perçois une lumière. Est-ce la lune, une étoile ? La lumière diffuse, s’étale sur le silence qui m’enveloppe, m’étreint comme un amant qui aurait peur de perdre l’objet aimé.
Mais toujours j’écoute le silence. Silence vide de paroles. Silence vide de bruits. Silence vide de vie.
Pourtant je perçois ma respiration mais aussi cette lumière. Oui, j’écoute le silence, mais il suffirait de l’attraper, de le serrer, de le broyer pour que renaissent, peut-être, les bruits, les sons, les paroles, la vie.
En serai-je capable ?


Tu t’es approché à deux pas de moi. Tu ne m’as pas touché, tu m’as seulement parlé. Tu m’as parlé et tu m’as écouté. Nos yeux se sont croisés, nos paroles se sont enlacées et la conversation a commencé.
Tu t’es approché à deux pas de moi et le passé s’est recréé. Tes mots ont soulevé de lointains souvenirs, mes mots ont révélés de probables avenirs. Doucement.
Tu t’es approché à deux pas de moi mais jamais nos doigts ne se sont effleurés. Nos mains ont plutôt créé de vives paroles gestuelles, alimentant le verbe de nos lèvres.
Tu t’es approché à deux pas de moi et voilà que notre amitié si longtemps mise entre parenthèses a ressurgi de notre passé pour nous révéler l’un à l’autre, personnage oublié que le temps avait éloigné.
Tu t’es approché à deux pas de moi et j’ai aimé retrouver en mon cœur cette complicité égarée, cette harmonie enfin dépoussiérée du temps qui nous avait séparés.
Tu t’es approché à deux pas de moi. Une part de moi renait. Enfin.


Il y a là-bas quelqu’un qui parle tout seul.
Il est assis sur un banc sous les arbres qui bruissent timidement. Il se penche doucement sur le sol et ramasse une poignée de sable. Il referme délicatement son poing et le ramène vers lui en le levant légèrement. Peu à peu, il le desserre, le sable glisse entre ses longs doigts ridés comme les paroles glissent entre ses lèvres. Le soleil fond sur lui, l’éblouit. Il ferme les yeux, mais laisse couler le sable comme le vent soulève ses cheveux. Les feuilles se soulèvent et s’envolent emmenant avec elles ses paroles vers le ciel. Je tourne la tête pour les suivre un instant. Quand je regarde à nouveau vers le banc, il a disparu.
Il y avait là-bas quelqu’un qui parlait tout seul.


Ainsi parle l’inscription en lettres bizarres sur le sac.
Des lettres, des chiffres, des signes, des codes. Bizarres.
Beth ne comprend vraiment pas ce qui se passe. Devient-elle folle ?
Le sac semble ouvrir ce qui pourrait être un œil et se remet à lui parler.
« Ne soyez pas stupide, regardez-moi ! »
Elle ferme vivement les yeux, se bouche les oreilles, pince ses lèvres, se murmure une prière avant de faire face de nouveau.
Maintenant, le sac s’est gonflé et flotte au niveau de son visage. Il y a trois fentes, dont l’une semble lui faire un clin d’œil.
« Allez, attrapez-moi, ne me lâchez plus et ramenez-moi chez vous à l’abri ! S’il vous plaît… »
Elle est maintenant ahurie, absolument stupéfaite que ce vulgaire sac en plastique la prie ainsi.
Elle qui n’utilise que des sacs en papier, tout simple, sans inscription aucune, reste muette de d’être fait aborder ainsi par un tel sac et lui répond du tac au tac.
« Et puis quoi encore, il faudrait que je vous repasse, vous plie et vous range dans mon placard ! Ce que j’ai vraiment envie de faire, c’est de vous ouvrir bien grande ma poubelle ! Alors passez votre chemin et allez voir ailleurs. »
Elle tourne le dos et s’éloigne d’un pas décidé vers des aventures moins plastifiées.


Cesse de parler comme un homme qui rêve. Rêve plutôt comme un homme qui parle. Agit.
Bouge. Déplace les montagnes. Avance. Regarde la mer et nage au-delà de l’horizon.
Monte sur les bateaux que tu croises et visite-les. Découvre-les. Explore-les. Essaye-les.
Choisis celui qui saura t’accueillir, te chérir, te guérir peut-être.
Parle au monde, au ciel, à la terre, à tous ceux dont tu ne faisais que rêver.
Aborde-les, accoste-les pour grandir, pour mûrir, pour vivre.


« Parfois, tu ressembles à une vache ! »
C’était dit ! Elle ne supporte plus de le voir mastiquer ses chewing-gums à tout moment de la journée si bruyamment. Elle est furieuse, les lèvres pincées, les sourcils froncés. Il le voit bien dans le rétroviseur intérieur. Elle se gare, coupe le moteur, sort de la voiture, ouvre brutalement le coffre et en extrait un gros sac.
« Viens ici, je voudrais vérifier une chose. »
Après avoir fouillé au milieu de divers objets entassés dans le sac, elle sort un mètre ruban bleu.
« Approche ! Tourne-toi ! Lève les bras maintenant ! Plus haut ! Mais reste bien droit ! »
Elle se tait, enfin, se calme, le regarde droit dans ses yeux noisette.
« C’est décidé, pour le prochain Carnaval, je ne vais pas te faire le costume de Spiderman, je vais opter pour une belle vache blanche avec de grosses taches noires et surtout je n’oublierai pas de te coudre deux belles poches pour que tu y glisses le contenu de deux ou trois boîtes de tes précieux chewing-gums. Comme ça, je pense que tu feras fureur ! » dit-elle, souriant enfin, les yeux pétillants maintenant d’une malicieuse joie.
Il la regarde, sourit d’abord avec ses yeux et se met franchement à rire.
« D’accord maman, lui dit-il en lui prenant la main, puis il murmura, je t’aime ma petite maman. »


Envol
Des bandes d’oiseaux passent très haut dans le ciel.
Et moi, je suis ici au raz du sol, scotchée par les événements.
J’aimerai être aussi légère que ces oiseaux, pouvoir me libérer de mes soucis, m’envoler avec eux et découvrir d’autres ailleurs que mes ailleurs intérieurs, peints de solitude, de regrets et de tristesse.
Je voudrais décoller, me sentir portée par les courants des masses d’air, monter, descendre puis me poser pour explorer un nouveau lieu, rencontrer d’autres yeux.
Je regarde ces oiseaux et je me demande comment prendre mon envol sans me blesser, pour laisser derrière moi le chagrin, l’amertume, la trahison.
Je voudrai ouvrir les yeux sur un ciel bleu, sur de nouveaux paysages mais aussi re-connaître ceux qui me sont familiers pour à nouveau pouvoir y vivre, sans fuir, une nouvelle liberté.


Août 2009

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