25 mai 2011

Une porte ouverte... (texte)

Une porte ouverte…
Elle se leva…
Le soleil était déjà haut dans le ciel blanc de Provence, envahissant de ses rais de lumière en suspension la pièce toute entière. Une légère hésitation la fit frissonner au moment de passer devant la chambre de son fils. Une chambre emplit de silences, de chuchotements…
Cette porte était toujours ouverte, jour et nuit, été comme hiver, comme pour ne pas se laisser submerger complètement de tristesse à cause des sous-entendus liés à sa disparition.
La rupture de cet amour si intense l’avait brisée à un tel point qu’elle s’était fermée aux autres…
Elle sortit pourtant ce jour-là, attirée par la lumière, par la chaleur, étrangement mue dans son désespoir. Elle avança dans les rues jusqu’au théâtre où naguère il passait ses journées, ses soirées, sa vie.
Elle entra, s’avança dans la lumière artificielle de la suspension de verre ne se laissant pourtant guider que par la voix masculine qui provenait de la scène.
Elle monta sur l’estrade, se planta devant le comédien, mis ses mains sur ses épaules et le toisa quelques minutes…
Sans rien dire, elle se détacha de lui et se dirigea à pas très lents vers une porte qu’elle ouvrit délicatement pour sortir…
Une porte ouverte…
Une longue hésitation…
Un silence pesant emplissait la vaste salle. Quelques chuchotements de-ci, de-là, parcouraient la pièce dont la magnifique suspension de cristal se miroitait de mille feux sur les murs clos. Des sous-entendus peut-être… des incertitudes sur la suite des événements.
Qu’allait faire le comédien ? Allait-il reprendre son monologue ?
La rupture de son discours par cette étrange femme l’avait laissé, comme l’ensemble du public, dans une position indélicate, voire insupportable.
Il releva la tête. Il les regardait maintenant, bien en face, son silence toujours aussi intense.
Allait-il se diriger lui aussi vers cette porte ouverte par laquelle elle s’était enfuie ? Allait-il la suivre, la rattraper pour comprendre son acte ?
La comédie tournait au drame, un drame oppressant dans lequel chaque spectateur se muait en un arbre pétrifié, comme à la suite d’une irréversible nuée ardente.
Il s’approcha du bord de la scène… s’approcha et s’agenouilla… et dans un murmure improbable, il déclara… je suis perdu…
24 mai 2011, Claudine Mistral-Bories

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