14 mars 2012

De l'infiniment petit à l'infiniment grand... (texte)


Je débouche mon stylo plume. Pas d’encre ! Mince, la cartouche est vide. Je la secoue. Le son aigu de la petite bille glissant dans le tube plastique sonne à mes oreilles. Ah, ces lilliputiennes billes que je collectionnais dans mon enfance… Ne pas perdre la cartouche, la ramener à la maison sans tâcher la trousse, s’installer à une table sur un mouchoir en papier, couper délicatement la cartouche en évitant de répandre l’encre, récupérer enfin la petite bille, minuscule planète transparente rangée aussitôt dans une boîte. Regarder les billes de temps à autre, faire miroiter à la lumière du soleil leur couleur, différentes selon l’encre qu’elles distribuaient. Travail infiniment minutieux et pourtant inutile…
Ouvrir une autre boîte emplie de billes. Des agathes des oeils de lynx, transparentes aux traits verts, rouges, bleus, en spirale. Des rondes, des plates. Celles en terre, aux couleurs ocres, terre de Sienne… Celles piquetées de bleu, de jaune, en verre, plus fragiles ou encore celles en métal, lisses, plus lourdes qui glissaient sur le carrelage de la maison. Collection de couleurs, de matières, inutiles encore, et pourtant…
Je regarde par la fenêtre, ouverture de la grande boîte qu’est ma maison, une bille blanche s’élève dans le ciel, elle brille dans le bleu infini et sombre du crépuscule. Elle me sourit, me fait un clin d’œil. J’aime bien la regarder, sans raison ni utilité. Juste pour collectionner un moment de sérénité. Prendre un appareil, régler l’objectif, zoomer et faire une photographie, graver ce zéro sur papier comme j’accumulerais des perles pour faire un collier nacré lové au creux de ma mémoire, juste pour moi, pas si inutile, finalement…
Et m’imaginer sur cet astre, m’y assoir pour observer l’univers s’étaler au-delà de ma perception, comme s’il se déposait sur la lame d’un microscope. Essayer d’attraper ces perles en suspensions dans l’infini espace noir qui m’enveloppe. Perles rouges, bleues, solides, éthérées. Celles qui me brûleraient les doigts ou celles qui me glaceraient la main. Perles de lumière en mouvement léger, telles des bulles fragiles en constant voyage vers… Vers quoi ?
Un infini plus vaste, au-delà de ma vision, de mes sensations, de mes perceptions, un infini d’encre noire. Billes explosives que jamais je ne pourrais collectionner dans un pilulier.
Et là, je me sens petite, si petite, infiniment petite dans cet infiniment grand !

13 mars 2012, Mimet

3 commentaires:

  1. J'adore !
    Qui n'a jamais collectionné ces p'tites billes... Joli texte, bravo !
    Cathy

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  2. ça résonne très fort au creux de la douce nostalgie.

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