14 mars 2012

Entre le désir et la fuite (texte)



à  W...


Le vent souffle, le mobile bringuebale violemment au-dessus de la porte d’entrée. Le son grave qu’il produit l’étonne ; Quand elle rentre dans la maison, la lumière malgré les volets clos lui laisse entrevoir divers objets posés sur les meubles qu’elle effleure de sa main : des dessins d’enfant, une lampe avec abat-jour ou encore un bibelot ramené d’un lointain voyage.

Un silence pesant lui semble régner de prime abord dans la pièce principale car elle a encore le souffle du Mistral dans les oreilles. Elle s’assoit dans le canapé de cuir gris clair et ferme les yeux. Les sons affluent en elle : le sifflement du vent, le tintement du mobile, les tic-tacs de plusieurs horloges murales. Elle se laisse doucement envahir par ces sons.

Peu à peu, ceux de la chambre lui parviennent : sa respiration, son léger ronflement, des bips électroniques. Tous, plus ou moins réguliers, se mêlent pour créer une petite musique de fin de nuit à l’atmosphère étrange. Elle ouvre les yeux, les laisse glisser sur un rai de poussière dont les grains scintillants dans le soleil naissant, entraînent ses yeux dans un ballet dynamique et à la fois reposant. Elle s’allonge sur le cuir frais. Elle préfèrerait se serrer dans ses bras mais ne bouge pas, elle ne veut pas le déranger, le réveiller. Elle aimerait embrasser sa peau du bout de ses lèvres, tendre voyage sur ses épaules, parcourir son torse, remonter dans son cou, sur ses lèvres, ses yeux, sentir la chaleur de son corps se diffuser sur sa peau, poser une main sur sa hanche,voir ses yeux s’ouvrir doucement et se perdre dedans.


Mais elle est là, seule sur ce canapé, enveloppée dans son tee-shirt dont elle hume le parfum à défaut de respirer sa peau. Elle se laisse emporter par la valse des grains de poussière, dérivant au gré de ses pensées en des mondes abstraits et aériens. Elle est partagée entre l’idée de rester et celle de s’enfuir, pour échapper à tous les bruits qui résonnent entre ces murs, pour évacuer son sentiment de malaise, pour effacer cette nuit, faire comme si elle n’avait pas existé et la recommencer autrement. Un jour peut-être…



Juillet 2010

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