29 déc. 2014

Voyages (texte)



L’ombre d’une main tombe délicatement sur un stylo. Les doigts s’en emparent et l’étreignent fermement comme les mains d’un homme sur les hanches d’une femme, l’attirant au creux de son corps.
Les mots s’allongent doucement sur la feuille blanche et tracent une tapisserie romanesque où les personnages se croisent, où les regards s’enflamment, se frôlent, se caressent, où les histoires se mêlent au gré des désirs, en fonction des joies ou des tristesses, où les couleurs s’éclairent ou retombent dans l’ombre.
L’encre parchemine encore et encore, séchant au doux soleil de l’automne, comme l’eau sur les corps sous l’éclatant soleil d’été. Les doigts restent crispés sur l’ustensile tandis que les mots glissent. Les lignes, telles des vignes aux ceps tordus, s’installent sur le papier créant un vignoble dont les mots, au fil du temps, comme les grains de raisins, feront une douce liqueur pour le lecteur qui saura les déguster, les laissant fondre dans sa bouche.
Les feuilles roussies tombent des arbres et s’envolent comme les cœurs transis des amoureux, comme les voiliers s’éloignent de la côte vers de mystérieux voyages autour du monde terrestre et humain. Les lettres prendront alors de nouvelles formes et d’autres significations.
Puis elles marcheront sur les lignes étroites de nouvelles pages, écrasant les végétaux jaunis des bois et forêt, parfois dans les parcs d’une grande ville, suivant les rails de la page d’écolier pour, au sifflement du train, descendre en gare et découvrir architectures, musées, paysages…
Bientôt la neige viendra recouvrir la nature et la vivacité des hommes, d’un manteau lourd et si délicat, mais l’encre noire poursuivra son chemin, laissant des traces invisibles mais gravées dans les esprits et les cœurs.
Au printemps, les fleurs seront de nouvelles promesses, de nouvelles douceurs et les phrases continueront à progresser sur le papier, le stylo toujours en alerte aux chants des oiseaux, les mots toujours aussi vivants que naguère sous la plume de l’écrivain même si l’ordinateur prendra le relais dans un futur où les lecteurs, même s’ils abandonnent le papier, auront toujours besoin d’histoires pour embellir ou raconter leur vie.

© Mistral Claudine
29 décembre 2014
Auriol

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