17 févr. 2016

Partage (Texte)







Partage

Le soleil irradiait la plage, flamboyant de mille feux. Il réchauffe la peau du vieil homme qui a emmené son petit-fils sur la plage pour une promenade impromptue. Ils marchent lentement, main dans la main, leurs chaussures autour du cou attachées par les lacets. Le sable fin s’infiltre délicatement entre leurs orteils. Aucune parole ne passe leurs lèvres, leur silence est comme un dialogue entendu. Chacun mûrit ses propos pour se raconter leur meilleure histoire. C’est leur habitude. Tant qu’ils déambulent, au son et au rythme des vagues, ils ne parlent pas. Les mots viendront lorsqu’ils s’assoiront.
Le vieil homme, Roger, se remémore cette autre soirée, dans les rues de son village cette fois, avec son fils, à la lumière des lampadaires et des étoiles. C’était l’été aussi, il faisait chaud, avec juste un petit air frais qui caressait leurs cous. Les voitures passaient au ralenti, les lumières des phares formant comme des rubans bicolores. Sa main était posée sur l’épaule de son fils, grand comme lui, aux cheveux châtains et au visage assez carré. La jeunesse brillait dans ses yeux. Ils s’arrêtaient ensuite sur un banc pour discuter de l’avenir, des choix de ce fils prodigue.
Aujourd’hui, il cherche dans le petit d’homme, dont les doigts lui chatouillent la main, les traits de ce fils prématurément disparu. En le regardant, il retrouve son menton proéminent avec sa fossette, ses yeux en amande. Le sable, plus frais, le ramène à la réalité, à cette après-midi de printemps, cette balade. Il serre délicatement la petite main de son petit-fils pour lui prodiguer son amour.
Enzo, quant à lui, se rappelle d’une promenade avec son père. Ils marchaient sur l’herbe humide, les perles de rosée brillaient dans la lumière matinale. Ils cherchaient des insectes, des petites bêtes à observer, à capturer délicatement. Il aimait ces instants de complicité, d’intimes partages. Son père n’était là que pour lui, son sourire, son regard, ses bras pour l’enlacer et lui donner tout l’amour dont Enzo était si avide. La lumière illuminait chaque feuille, parait la nature de bijoux précieux, mais seuls les yeux noisette de son père lui étaient indispensables.
Ces mêmes yeux qu’il retrouve sur le visage de son grand-père, des portes ouvertes sur la tristesse qui les touche mutuellement. Il ne peut pas lui cacher. Il ressent lui aussi ce sentiment, même si, comme le vieil homme, il ne veut rien laisser transparaître sur son visage, comme un grand…
Enfin, ils se sentent prêts et d’un mutuel accord, choisissent une butte de sable, face à la mer pour admirer le soleil s’y jeter. Les mots ne viennent pas immédiatement, les minutes filent puis Roger pose sa main sur la jambe d’Enzo. C’est le signal. Enzo se lance.
   Tu te rappelles ce petit chat chez tatie ?
   Oui…
   Et bien, il s’appelait Filou et un jour…
La brise emporta les paroles de l’enfant qui se mêlèrent aux embruns marins s’éparpillant au gré des vagues. Seuls les grands oiseaux blancs et noirs, dépositaires de ces moments de complicités, connaissent leurs histoires secrètes et jamais ne les dévoileront.

Claudine Mistral
16 février 2016

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