15 févr. 2016

Ressort (Texte)





Ressort


Le soleil pointe son nez à travers le ciel alors que  le ressort bondit déjà partout avec énergie. Sur chaque nuage, il glane un peu de ouate, s’alourdissant à chaque bond. Les gouttes d’un arc-en-ciel le désaltèrent en couleurs. Le ressort rouillé se pare d’habits multicolores.
Ereinté, il s’arrête enfin et se pose sur la large feuille d’un chêne rouge sur laquelle il s’endort paisiblement.
Un oiseau, étonné de découvrir cet étrange insecte, le picore et le mène en quelques coups d’ailes jusqu’à son nid. Drôle de papillon ! Inerte et à la fois si solide que son bec grince à son contact. Il le dépose entre les brindilles, comme un souvenir extraordinaire, repartant en quête de nourriture plus substantielle.
Abandonné et reposé, le ressort se réveille. Habillé de ses couleurs vives, il ne passe pas inaperçu au milieu du nid, il préfère se glisser entre les fines branches mais tombe lourdement au sol. La ouate collant encore son corps spiralaire, il ne décolle pas et reste coincé entre deux pierres grises d’une rivière.
Une truite à la robe argentée repère le malheureux. Intriguée, elle s’approche, se frayant un chemin entre les courants mouvementés et les cailloux. Arrivée à sa hauteur, elle gobe l’objet métallique mais, après avoir sucé les couleurs, elle le recrache dégoûtée. Ses prochains petits auront dans leurs gênes les réminiscences de l’aérien arc-en-ciel allègrement déposé sur le ressort. Nettoyé de ses oripeaux, le ressort se retrouve au bord de l’eau où il reste, éberlué d’avoir subi cette dernière aventure.
***

Un petit d’homme, quelques temps après, s’approchant  de la rive, met la main sur le ressort sans énergie. Il le glisse dans sa poche et poursuit sa promenade.
Dans la chambre de l’enfant, le ressort retrouve la lumière. Il est délicatement posé sur une table où de nombreux objets, dans un certain capharnaüm, attendent de retrouver l’attention du petit mécanicien. Ce dernier s’installe sous le rai d’une lampe, paré de divers outils. Une machine sortie de son imagination et de l’adresse de ses juvéniles mains trône, fière, devant lui. Il place le ressort entre deux interstices. Celui-ci retrouve tout à coup son énergie, avec l’étrange sensation d’être enfin à sa place. Il sent la présence d’autres âmes qui, comme lui, attendent l’étincelle magique qui animera cette fabuleuse machine.
Ils patientent ensemble, sages et attentifs, jusqu’au signal de l’enfant, enfin tous assemblés et prêts à s’investir dans ce talentueux projet. Ils se mettent alors en mouvement dans une formidable synchronisation. La machine fonctionne déployant sa magie tandis qu’un radieux sourire illumine le visage enfantin.

Claudine Mistral
Février 2016

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