31 oct. 2016

Lumière (Texte)



 

Tout cela était maintenant derrière lui. Ou plus exactement le serait bientôt.
Le froid. La neige. Les hautes montagnes glacées, parées d’un blanc éblouissant. Rien n’allait lui manquer, encore moins le silence pesant et étouffant des journées sans tempête.
Une petite musique guillerette trotte dans sa tête depuis son arrivée à l’aéroport. A travers les larges baies vitrées, les nuages effilés rougeoient au soleil couchant, lui offrant en guise d’adieu, une dernière écharpe tout en dégradés d’oranges et de nouvelles perspectives chaudes et colorées.
Ce sont de bons augures pour de futures et nouvelles rencontres, une vie bien plus trépidante. Enfin la lumière. Ailleurs.
Sur le grand panneau noir, les lettres blanches se modifièrent devant lui. Arrivée prévue à Sidney dans plusieurs heures. Peu importe. Il allait enfin se libérer de ses couches de vêtements qui lui pesaient depuis des mois, de son bonnet sur ses cheveux noirs, se libérer de ses longues heures d’ennui rythmée par les cris des mouettes ou celui des ours polaires qui s’approchaient trop de la ville.
Il aspirait tant à ce départ que son sommeil était troublé. Depuis des nuits, il passait des heures sur internet à découvrir et retenir le nom des rues autour de l’appartement qu’il avait déniché. Il connaissait maintenant le numéro des bus pour rejoindre diverses destinations ; son nouveau bureau, un cinéma, l’opéra, l’océan surtout dans lequel il pourrait se prélasser. Il ne pensait même pas aux méduses ou aux crocodiles tout aussi dangereux que les ursidés de l’hémisphère nord.
Il imaginait déjà le sourire des gens, les relations qu’il pourrait établir avec ses collègues de bureau, les commerçants de son quartier, ceux où il aurait ses habitudes lorsqu’il sortirait le week-end. Il imaginait la musique de leurs voix, la chaleur de leur accueil, la culture de ses exilés européens sans penser aux aborigènes ou à toute cette population asiatique qui espérait, comme lui, partager cet Eldorado.
Il rêvait de ces paysages tellement variés que l’île continent offre. Des forêts verdoyantes du nord aux plaines désertiques du centre, du climat tempéré au sud et de sa barrière de corail aux montagnes de la cordillère australienne. Il attendait avec impatience de pouvoir découvrir les animaux emblématiques tels que les koalas, les kangourous, ces milliers de poissons colorés qu’il pourrait découvrir lors de ses futures plongées sans forcément penser aux requins, serpents, crocodiles des mers ou autres animaux peuplant les espaces immenses et surprenants des différents écosystèmes de l’île.
Enfin, il ne pourrait plus dire : « Nous ne sommes pas là où nous devrions être. » Il allait enfin être à sa place. Celle de son choix.
Il s’était plié aux décisions familiales pendant ces années, à cet exil dans le grand Nord, pour que l’entreprise poissonnière prospère. Cela ne serait bientôt plus qu’un souvenir flou et embrumé, une parenthèse de sept années. Ses nuits ne seraient plus aussi pesantes, sa solitude, un mauvais souvenir.
Ses nuits sans aurores boréales deviendront synonymes de nouvelles constellations, nouveaux voyages lunaires. Ses journées lui permettront de découvrir les parfums de cette lointaine terre et de ses végétaux. S’enivrer des odeurs de feuilles, de fleurs jusqu’à être saoul chaque jour sans avoir besoin d’alcool pour s’évader de ce désert glacé, plus besoin de chaîne stéréo pour entendre la musique du monde…
Il n’aura qu’à sortir de chez lui, enfin libre, enfin vivant quel que soit l’avenir.

Claudine Mistral, octobre 2016

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