4 janv. 2018

L'étranger (Texte)







L’étranger


Cooper est pensif, assis en haut de cette pyramide de Khéops, face à celle de Khéphren, rayonnante du feu de Ra, toujours présent, inondant la plaine désertique du monde égyptien, tandis qu’il songe à sa mystérieuse rencontre. Il regarde vers l’entrée de la cavité. Peut-être va-t-elle surgir ? Il avait couru de toutes ses forces, gravit les immenses marches minérales craignant de sentir ses doigts éthérés se poser sur ses épaules lorsqu’elle l’avait surpris au creux de la pyramide.
Lui, l’égyptien d’adoption, l’archéologue étranger, dont la tête est habillée d’un turban blanc et le corps vêtu de bleu, n’aurait jamais imaginé qu’une déesse si ancienne puisse entrer en contact avec lui.
Maintenant il est là, face au soleil africain, il a peur et en même temps, n’aspire qu’à se retrouver de nouveau face aux yeux verts et mystérieux de la sublime Isis.
Le soleil rougeoyant se couche lentement. Il a attendu, perdu dans ses pensées, que la pénombre s’installe sur le désert doré. Il se lève et saute de pierre en pierre pour descendre de l’édifice sacré.
En se dirigeant vers Le Caire, il perçoit sa subtile présence le suivre. Une odeur de musc et de myrrhe embaume la nuit et ses vêtements de lin. Les lumières de la ville le guident. Cooper marche d’un pas souple et sûr, le chant des grillons du bord du Nil l’accompagne jusque dans les rues. Un chat passe entre ses jambes. Est-ce un signe ? Il croise des humains, ombres muettes urbaines mais ses yeux ne cherchent que l’invisible, attendant le signe divin.
Lorsqu’il arrive enfin chez lui, il allume les bougies des lanternes de son petit jardin, son Eden, puis celles de ses escaliers menant à la terrasse sur le toit et dans la chaleur du soir, il s’assoit sur le rebord du muret pour observer la lune, pleine ce soir. Des ibis en ombres chinoises passent dans le ciel. Il les suit du regard et dans le bleu de la nuit voit apparaitre deux yeux dessinés par des étoiles.
Surpris, il cligne les siens et comprend que la déesse veille sur lui, qu’elle l’accepte en son monde ancien et présent, que l’Egypte est maintenant son chez lui.

Claudine Mistral
Auriol, 04 janvier 2018

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